|
|
|
Désormais il vous est possible de consulter ou de télécharger tous les numéros précédents de L'INDICATEUR.
|
|
Pour cela rendez vous sur le site, à la page INDICATEUR, consultez la liste figurant en pied de page et cliquez sur le numéro vert correspondant en fin de ligne
|
|
|
|
|
|
|
Voici le premier d'une série de trois numéros de l'INDICATEUR consacrés à la composition d'une pièce dédiée à Mésange Bleue et qui sera entièrement réalisée à partir des sons qui me seront fournis par cet oiseau.
|
|
Je mène cette expérience pour la première fois, ne sachant pas, aujourd'hui même, de quoi seront faits les prochains numéros...
|
|
Souhaitons surtout que la musique qui en sortira sera digne de la proposition qui m'est faite par l'oiseau!
|
|
|
|
LA MÉSANGE BLEUE (1)
|
|
Tout a commencé à l’automne, quand j’ai vu, par hasard, dans une vitrine, la couverture d’un livre apparemment entièrement consacré à la Mésange bleue…
|
|
Pourquoi ne pas composer une pièce à partir du chant de ce tout petit oiseau, un chant énergique, aigu, sonore relativement à la petite taille du soliste, mais relativement pauvre, sans grandes surprises ? En l’écoutant à la loupe j’y découvrirai sans doute de quoi m’émerveiller. Une invitation à composer une nouvelle pièce de quelques minutes à peine, pour la série des Thèmes et Variations, entamée il y a déjà plusieurs années avec le Rossignol philomèle (Allegro assai) puis la Fauvette grisette (Ouverture du Journal de guerre d’un ornithologue).
|
|
|
|
J’entre dans la librairie, j’achète le livre. Je connais bien celui qui traite de toute la famille des mésanges, édité chez Delachaux et Niestlé il y a longtemps déjà, mais celui-ci… entièrement consacré à une seule espèce m’intrigue…
|
|
En même temps que je le lirai, je composerai une pièce, à partir de toutes ces Mésanges bleues enregistrées un peu partout depuis tant d’années.
|
J’écrirai une sorte de journal de composition… je n’ai jamais fait çà…
|
|
J’illustrerai mon journal avec quelques-unes de mes photos, prises autour de la maison et celles d’Olivier Penel qui réalise de si beaux portraits des oiseaux de nos régions (qu'il vous suffit de cliquer ci-dessous).
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Je plonge dans le livre, un pavé de plus de 400 pages, et j’y découvre une véritable somme de connaissances réalisée par une foule de chercheurs du CRNS et autres centres d’études un peu partout en Europe. Des connaissances acquises suite à de longues enquêtes dont quatre auteurs, sous la direction de Jacques Blondel, vont rendre compte dans un véritable roman.
|
|
L’étude scientifique me plonge dans des abîmes de poésie, de rèveries, de méditations tous asimuths…
|
|
|
|
Ce matin je cherche des portraits sonores de Mésanges bleues. J’en ai enregistré un grand nombre, un peu partout en France, dans la Dombes, en Provence, dans le Vercors, dans les Ardennes, en Normandie… mais aussi en Suède, en Roumanie dans le Delta du Danube, en Hollande et surtout en Italie, sur l’ile d’Elbe, ce paradis pour les petits passereaux méditerranéens… et… je me demande pourquoi, j’ai noté “Mésange bleue africaine” sur ce portrait enregistré en Sardaigne… elle ne me semble pas si différente des autres, mais comme je n’étais pas certain à 100% j’ai demandé à Birdnet qui m’a répondu “Mésange bleue africaine ” ! Or précisément, je viens d’apprendre dans mon livre (page 39), qu’il existe effectivement une espèce particulière :
|
|
… Quant à la mésange bleue, elle appartient au genre Cyanistes qui comprend quatre espèces répandues dans l’immense région paléarctique, dont notre mésange bleue européenne Cyanistes caeruleus, une espèce asiatique : la mésange azurée Cyanistes cyanus, une mésange bleue nord-africaine : Cyanistes teneriffae ultramarinus et un ensemble de sous-espèces (souvent élevées au rang d’espèces) appartenant à l’espèce Cyanistes teneriffae teneriffae qui peuplent l’archipel des Canaries…
|
Les mésanges bleues Européennes, appartiennent à la forma nominale Cyanystes careuleus caeruleus , nom qui veut dire “bleu métalique” pour cyanystes (grec) et bleu foncé pour careuleux (latin)…
|
|
Mais serait-il possible que cette mésange des Iles Cannaries puisse, via l’Espagne, se retrouver ici en Sardaigne ? Le plus étonnant est que d’autres applications me répondent la même chose à l’écoute de ce portrait sonore… et pour être honnête, à l’oreille, je de distingue pas de différence notable.
|
|
Les oiseaux sont des individus, et ne chantent pas tous exactement la même chose, et pourtant, ici l’outils note une différence… Je suis inquiet sur la qualité de mon écoute (existe-t-il un paramètre sonore que je ne sache pas isoler ?), inquiet aussi sur la qualité de mon application, mais aussi de l’incidence de l’IA sur l’audio-naturalisme …
|
|
Tant pis. J’écarte cette mésange, et je travaillerai sur les autres, à moins que je décide de n’en considérer qu’une seule, ce que je fais généralement pour ce type de composition.
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Aujourd’hui, j’examine de près une petite séquence du chant de ma mésange enregistrée sur l’île d’Elbe en Toscane.
|
|
|
|
|
Mais qu’entend-on par séquence ?
|
|
Une séquence est composée d’un grand nombre de phrases, elles-mêmes résultant d’un assemblage de motifs composés à partir de cellules.
|
La séquence représente donc l’ensemble de ce qui a été chanté par l’oiseau du début à la fin. Ici, je n’ai pas enregistré le début. Jusqu’à l’avènement des pièges à sons et des enregistreurs programmables on n’enregistrait rarement le début d’une séquence puisqu’on lançait l’enregistrement lorsque l’on entendait ici ou là un oiseau en train de chanter… Et souvent la fin de la séquence risquait d’être déclenchée par une simple maladresse de l’audio-naturaliste. Dans la réalité, au naturel, la séquence peut atteindre plus de 20 minutes ! Cela varie en fonction des espèces.
|
|
Examinons la phrase de plus près : chez notre mésange bleue elle est apparemment très simple, elle se compose principalement de deux motifs et chaque motif est lui-même composé de petites cellules sonores répétées un certain nombre de fois.
|
|
Cette construction est simple si on la compare à celles du Rossignol ou du Merle qui, eux, semblent capables de chanter un très grand nombre de phrases différentes, toutes composées d’un très grand nombre de motifs très différents et appartenant presque tous à leur espèce.
|
|
De même l’Alouette des champs possède une innombrable quantité de motifs avec lesquels elle compose des assemblages en piochant, comme au hasard, pour faire des phrases dont on ne sait pas la durée tellement elles s’enchainent vite !
|
Dans la vidéo qui suit, le chant de l’oiseau est ralenti deux fois (il passe donc deux octaves en dessous et dure 4 fois plus longtemps). De même l’Alouette des champs répète chaque motif plusieurs fois de suite, ici, pour les besoins du film, de nombreuses répétitions ont été supprimées, mais l’ordre des motifs est respecté.
|
|
Ci-dessous le film : 35 MOTIFS DE L'ALOUETTE DES CHAMPS
|
|
(cliquer sur le sonagramme)
|
|
|
Par comparaison avec une merle, une alouette ou un rossignol, nous serions tentés de dire que le chant de la Mésange bleue est simple… peu inventif… voire pauvre… et pourtant :
|
|
Dans ma petite séquence, je trouve des toutes petites variations, que je vérifirai en l’écoutant au ralenti. Je n’ai pas besoin de ralentir beaucoup, juste de passer à l’octave en dessous. Lire le fichier à la moitié de la vitesse (donc à l’octave en dessous) me permet de compter facilement les répétitions d’une même cellule, mais aussi de constater que sur certaines notes s’entendent de légers glissandi descendants ou ascendants.
|
|
|
|
A la vitesse normale, l’ensemble de cette petite séquence d’un peu plus de deux minutes me donnait l’impression que l’oiseau chante à peu près toujours la même chose, un chant stable, fondé sur la répétition d’une même formule qui se modifiera juste à la fin, après une alarme suivie de son envol.
|
|
Mais le ralenti change tout ! Tentons d’examiner, musicalement, la chose d’un peu plus près.Ici aussi, le chant de l’oiseau est ralenti deux fois et dure donc 4 fois plus longtemps.
|
|
(cliquer sur le sonagramme)
|
|
|
|
Sur la vidéo, le premier chiffre indique le numéro de la phrase, le chiffre deuxième indique le nombre de motifs initiaux, le troisième indique le nombre de motifs suivants, le point d’interrogation souligne les motifs nettement ascendants, comme une interrogation.
|
La distinction entre chant et alarme peut se discuter !
|
Soyons clair il ne s’agit pas d’une analyse scientifique mais bien d’une analyse musicale ! Cependant… la musique ne serait-elle plus classée parmi les sciences exactes ?
|
|
La valeur des silences semble en dire aussi long que les phrases elles-mêmes : lorsqu’ils sont longs, l’oiseau semble en profiter pour changer de registre en passant à une construction différente de la phrase, ou alterner chant et alarmes. Des silences comme des pauses consacrées à l’écoute ou à l’observation de l’environnement immédiat.
|
|
|
|
En fin de compte, notre mésange ne se répète quasiment jamais, l’oiseau ne détonne pas, son diapason est fixe et chacune des phrases, à de rares exceptions, nous apparait différente de la précédente dans sa construction. De même il existe des variations dans le timbre : dans la phrase 3 par exemple le motif initial répété deux fois est légèrement granuleux (cela s’entend bien à vitesse normale, mais s’affirme davantage dans les ralentissements.)
Mais l’agencement des phrases m’échappe : des variations certes, mais pas progressives, comme placées dans un certain désordre… le désordre est un ordre qu’on n’attend pas nous auraient dit Georges Duhamel ou encore Bergson.
|
Une logique m’échappe, mais considérée avec une oreille musicienne, elle devient tout autre : “permanence variation” ou “musique répétitive” ? Deux manières de penser une musique fondée sur la pratique, deux exceptions dans la musique occidentale…
|
Le modèle classique du discours musical nous apprend que, tout d’abord on expose un thème, une idée, voire deux… puis on bâti, sur ce matériel thématique, des développements et des variations, éventuellement jusqu’à la réexposition de du thème permettant de mesurer le trajet accompli. Mais dans certains cas, des compositeurs ne présentent pas un thème suivi de variations, mais une composition dans laquelle le thème est partout et se présente sous diverses formes tout au long de la composition. C’est ce qu’il me semble entendre ici.
|
Des exemples types de composition “permanence variations” se retrouvent, par exemple, dans l’oeuvre de César Franck, comme sa Symphonie en ré mineur dans laquelle le thème (un petit groupe de trois notes) est présent dans les trois mouvements, sous des formes très différentes et organise autant les détails que la structure générale de l’oeuvre. Sa Sonate pour violon et Piano illustre aussi parfaitement ce style d’écriture musicale.
|
Ce que l’on entend par “musique répétitive” est souvent une musique qui change continuellement, mais imperceptiblement. La musique de Steve Reich, instrumentale ou électro-acoustique démontre parfaitement cette idée. L’impression que rien ne bouge alors que, lentement, tout se déforme.
|
Ces deux manières de penser la musique (permanence/variation et musique répétitive) sont historiquement assez rares dans l’histoire de la musique occidentale “classique”, alors qu’elles sont fondamentales dans les musiques dites premières, traditionnelles surtout extra-européennes. Et de même, elles semblent “naturelles” dans la pratique des oiseaux ! ces deux manières de penser le discours musical se sont particulièrement imposées au cours du XXème, précisément à l’époque où la culture occidentale découvrait les musiques premières, dites aussi primitives, exotiques ou traditionnelles... devenues les musiques du monde.
|
|
Développer une idée ou un thème proposé par l’oiseau, le valoriser, l’écouter et le comprendre comme une offrande qui m’est faite et tenter d’en tirer une musique à transmettre à mes contemporains… voilà le deal devant lequel je me trouve, voilà de quoi m’occuper dans les temps qui viennent.
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Chaque numéro de L'INDICATEUR accorde en pied de page un espace à la présentation du travail d'un audio-naturaliste, d'un artiste ou encore d'une personne ou d'une structure jouant un rôle remarquable dans cette discipline. Aujourd’hui CÉCILE DEBOVE
|
|
|
|
|
|
|
Cécile Debove est documentariste sonore itinérante et indépendante.
|
Depuis plusieurs années, elle fait de la radio avec une bande de copines: En 2015 a démarré l'émission mensuelle Les Menstruelles, correspondances éclatées à X voix. Le but ? S'écrire des cartes postales sonores. Se donner des nouvelles du monde, de leurs mondes... En 2022 les questions liées aux dérèglements climatiques ont pris davantage de place dans leurs réflexions. L’équipe de réalisatrices a alors inventé une deuxième émission de radio pour explorer cette thématique: Alerte Météo terre.
|
Ces deux émissions sont diffusées depuis 10 ans sur des radios locales que nous saluons au passage : Jetfm à Nantes, Radio Méga à Valence, RDWA et Radio Saint Fé dans la Drôme, Radio Pulsar à Poitiers, Vassivière dans la Creuse, radio Dragon, Larzac, Onde Courte, Ouest Track radio au Havre, Radio Campus Toulouse, Campus Grenoble, Octopus, Radio Panik à Bruxelles... Le travail de ces radios joue un rôle primordial pour la création radiophonique indépendante et la diversité des contenus.
|
Cet hiver, deux émissions d'Alerte Météo terre se sont tournées vers des chercheurs et membres de la LPO pour apprendre à (re)connaître les oiseaux :
|
|
Oiseaux, chapitre 1 : Cantus
|
Oiseaux, chapitre 2: Silentium.
|
... avec la Mésange bleue à l'honneur, star de l'émission. Aujourd'hui, observer ne suffit plus : il s'agit d'être attentif et vigilant vis à vis de l'évolution de notre cher entourage, notre cher monde vivant, l'environnement, notre maison. Avec Alerte Météo terre, micro en main, Cécile et son équipe vont à la rencontre des personnes qui observent, étudient, subissent, dénoncent les impacts des changements climatiques. Paysans, chercheurs, habitants, artistes, passionnés ou amoureux de la nature... Les réalisatrices questionnent, assumant le fait de ne pas y connaître grand-chose. Car il est certain, à l'image de cette petite Mésange bleue qui pourtant grouille autour de nous, que nous ne regardons pas vraiment. À la rigueur, les plus attentifs auront remarqué que ces petits oiseaux disparaissent à grande vitesse ces dernières années... Mais la majorité d'entre nous ne s'en aperçoit pas.
|
|
Alerte météo terre se place dans le fossé qui chaque jour se creuse, entre l'urgence de bousculer les choses et notre piètre connaissance de la nature.
|
|
|
|
Dans les deux derniers épisodes d'Alerte météo Terre, Cantus et Silentium, les observateurs nous racontent comment les oiseaux, et plus particulièrement les mésanges, s'adaptent (ou pas) aux nouvelles donnes climatiques. Nous écoutons leurs chants, décryptons leurs comportements.
|
|
Écouter et regarder les autres espèces est un apprentissage.
|
|
C'est développer de nouvelles formes d'empathie un peu particulières afin de les comprendre. Les interviewés donnent des clés de compréhension, font part de leurs études et leurs observations, confient leurs inquiétudes.
|
Quel rôle l'humain doit-il jouer de manière globale et que pouvons-nous faire individuellement et localement pour aider ces espèces vulnérables ?
|
|
Voici quelques réponses ;) >>>>
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|