Les deux articles qui suivent, consacrés aux Préludes au Catalogue d’Oiseaux d’Olivier Messiaen, ont été écrits simultanément à leur composition et au moment de leur création en concert. À L’époque, ces articles étaient pour moi une sorte journal, un outil de travail accompagnant ma recherche de la meilleure définition possible d’un projet en cours d’élaboration.  Aujourd’hui, il me plait de les publier tels quels, accompagnés d’images, de sons et de partitions.

Préludes au Catalogue d’Oiseaux (1)

Depuis de nombreuses années je vis très difficilement cet abime qui sépare mes activités audionaturalistes ou ornithologiques et celles de compositeur de musiques électroacoustiques. Alors que pour moi tout cela représente un ensemble de pratiques cohérentes, aux yeux de la petite communauté des naturalistes, je reste définitivement un amateur dont la démarche semble plus poétique que véritablement scientifique pendant que pour la communauté encore plus restreinte des musiques acousmatiques j’ai définitivement abandonné la composition, dans le vrai sens du terme, pour me consacrer à une musique simpliste et figurative.

Les Préludes au Catalogue d’Oiseaux d’Olivier Messiaen me fournissent une rare occasion de tenter la réconciliation des publics, en public. Accorder un ensemble, de la prise de sons sur le terrain, à la salle de concert, en passant par le studio de composition, laboratoire au sein duquel se distille cette cohérence entre l’observation de la nature et l’élaboration d’une production “culturelle”.

Lier le geste de composition à celui de l’écoute et de la captation du son.
Mettre au diapason l’écoute musicale et la contemplation de la nature dans une salle ce concert.

J’ai toujours été étonné par les titres à rallonges qui désignent des œuvres musicales composées en références à d’autres œuvres écrites ou réalisées par d’autres compositeurs… Ces titres, très culturels, sont très nombreux et jalonnent l’histoire de la musique. Parmi ceux-ci, celui qui m’amuse le plus est sans doute : Variations sans fugue sur les variations et fugue sur un thème de Haendel de Brahms, de Mauricio Kagel.

De même, j’ai toujours une vraie réticente à exiger de mes auditeurs une certaine culture préalable à toute écoute. Je n’aime pas les émissions de télévision qui parlent de la télé, ni le cinéma qui nous raconte le film en train de se faire, et encore moins le théâtre quand il met le théâtre en scène…

Et pourtant, avec ces Préludes au Catalogue d’Oiseaux je tente d’introduire l’auditeur au travail d’un autre compositeur, à la complexité de l’écriture de Messiaen. Je tente de fournir quelques clefs de compréhension à des œuvres antérieures qui manipulent des matériaux fournis par les oiseaux, et surtout, je tente moi même d’être compositeur signant des pièces musicales pouvant être autonomes… Je tente enfin d’établir un parallèle entre l’écriture instrumentale qui manie des valeurs musicales et l’écriture du son qui manipule les objets sonores… et pourtant, il s’agit des mêmes oiseaux !

Ces préludes ont été composés à la demande de Pierre Laurent Aimard, en juin et juillet 2014. Le pianiste m’avait demandé de réaliser un grand paysage sonore dans lequel seraient entendus successivement les oiseaux rencontrés dans certaines pièces du Catalogue d’Oiseaux qu’il prévoyait de jouer lors d’un concert au festival Styriarte à Graz en Autriche.

Ce paysage sonore devait être proposé à l’écoute, en première partie du concert. Je lui répondais qu’il était difficile de réunir, dans un même paysage, des oiseaux de provenances diverses, chantant le matin pour les uns, la nuit pour les autres et qu’il me semblait préférable d’imaginer quatre petits paysages indépendants qui seraient joués en alternance avec les pièces pour piano.

Et c’est ainsi que se construisit un concert qui, nous l’espérons tous les deux, sera suivit d’autres représentations, mais s’élargira aussi à d’autres pièces du Catalogue d’Oiseaux de Messiaen.  

J’ai enregistré tous les chants d’oiseaux utilisés dans ces petites compositions paysagées, en divers lieux d’Europe, à des périodes souvent très lointaines les unes des autres. Certaines espèces ont été mises en boîte en 2008 durant ma résidence en Matheysine lors du centenaire Messiaen, à Petichet en Isère, dans les espaces parcourus si souvent par le maître. A la fois musicien et ornithologue, je conçois ces 4 paysages sonores comme de véritables compositions, un peu à la manière des peintres paysagistes qui composent leur toile en tentant de restituer toute l’identité d’un lieu, ses lumières, ses rythmes, et bien sûr les personnages qui les habitent.

Chacun de ces quatre paysages, rend hommage à Olivier Messiaen dans sa manière de traiter les chants d’oiseaux : avec un grand respect du “thème” mais aussi en les replaçant dans le contexte qui est le leur et ressemble souvent à ce qu’il appelait lui-même “fouillis d’oiseaux”.
Ainsi, chaque oiseau, donnant le titre à la pièce, se trouve placé au centre du paysage et de la composition. L’écriture des Préludes au Catalogue d’Oiseaux prend fortement appui sur les partitions du maitre qui fournissent de multiples indications ornithologiques, ainsi que sur son “Traité de Rythme, de Couleur et d’Ornithologie” que je cite souvent, plus bas, dans la notice de concert.

L’ensemble d’une durée globale de 25 minutes se compose pour le moment de :
1-La Chouette hulotte
2-L’Alouette lulu
3-La Bouscarle de Cetti
4-Le Traquet Stapazin

  • La Chouette Hulotte : 5’54”
    Entendue presque seule dans un paysage nocturne peuplé d’insectes la Hulotte lance son appel “tantôt lugubre et douloureux, tantôt vague et inquiétant (avec un tremblement étrange), tantôt vociféré dans l’épouvante comme un cris d’enfant assassiné !… Silence. Ululement plus lointain, semblant une cloche de l’autre monde” O.M
    La pièce débute par quelques cris de renard, entendus de loin, tandis qu’un couple de Hulottes parade en vol : Cris de la femelle en réponse aux appels du mâle… Un peu plus loin, nous assistons à une véritable “prise de bec” avec une Pie… sans doute une querelle de territoire…
  • Le Traquet stapazin : 6“
    Le Stapazin est sans doute l’oiseau le moins connu du Catalogue de Messiaen.   Il s’agit, en réalité, de l’une des formes du Traquet oreillard.
    Entendu ici dans un paysage très méditerranéen, “il chante habituellement sur les pierriers, dans des lieux secs et sans résonance” O.M.
    L’oiseau très agité sautille presque perpétuellement à la recherche de nourriture dans la végétation basse.
    Son chant, assez discret mais plein de nervosité, se fond dans celui du Chardonneret élégant, de la Fauvette à lunette, et du Bruant proyer tous les trois bien plus sonores que lui !
    Impressions de chaleur soulignée par la présence de nombreux insectes dans cette journée déjà bien avancée.